La trilogie des printemps.
Ici, le printemps est une trilogie du temps.
C'est un fruit fragile qui s'ouvre en trois pelures.
Il s'en vient en douce et se sauve à toute allure.
Et un jour on se dit que c'était le printemps.
C'est une entre saison d'un temps qui se compose
D'un hiver qui s'étire pour ne pas partir,
D'un délavé austère où tous les bruns chavirent
Et d'un temps où les fleurs et tous les verts explosent.
La saison du printemps blanc allonge l'hiver,
Cet amant éconduit qui lutte et qui s'accroche.
Plein de chutes de neige en rappel des hier
Où le froid mordait même l'acier et les roches.
La neige fraîche tombée au sol le matin,
L'ivresse troublante d'une chair frémissante
Que la douce clarté habille gémissante
Tel le nacre du sperme léchant une main.
Le froid qui mord la nuit et l'insensibilise,
Le soleil qui tente de réchauffer le jour.
Les matins et soirs basculant presque toujours
Du côté de l'hiver qui les cannibalise.
Les chauds rayons se glissent à la dérobée
Sous les jupons des neiges encore enrobées,
Y excitant la terre en ses intimes lèvres
Et les érables écoulent leurs sucs en sève.
La saison du printemps tout habillé marron
Comme un vieux campagnard qui s'en va à la ville.
Le blanc s'essouffle en taches qui déshabillent.
L'eau de fonte coule en chemins et en ronds.
Les champs s'engorgent de ces eaux et les font siennes.
Les étendues se conjuguent en tous les bruns :
Les tons d'ocres et de sépias, de terres et de siennes
Jaunes dégradés salis des sombres embruns
De la terre montrant finalement ses entrailles.
Les rivières ont leur ventre tout engrossé
De la semence de l'hiver qui les assaille.
Quelques jonquilles ont percé l'hymen glacé.
La nature secoue la torpeur qui lui reste
Et sa fougue retrouvée, son poil se redresse
Pour saillir de sa jeunesse la moiteur fraîche
Du sol saturé et repu que le ciel lèche.
C'est le printemps en vert et robe de mariée,
La saison légère des fleurs et des dentelles.
L'été enfin, comme la plume dans l'encrier,
Peut au délicat tremper le bout de son aile.
La turgescence juvénile des bourgeons
Que la fellation des vents doux masturbe, éclate,
En faisant verdir et se mouiller la cantate
Du frêle feuillage à la peau de nourrisson.
Le vert sur le vert et le tendre sur le tendre,
Déclinent leurs verts qu'ils dégradent avec ferveur:
Les verts menthe, jade, absinthe, anis, lime, amande.
Fillettes aux jambes longues qui ouvrent leur cœur.
Les cerisiers nus à la peau striée se vêtent
De petites vulves aux pétales rosés
Qui exhalent les parfums sucrés d'une fête.
Les tulipes vêtues de transparence osée.
Le printemps tricote ses dessous féeriques.
La lumière éclate au sous-bois de la forêt
Où les fleurs jouent de leurs corolles la musique.
C'est Botticelli, l'allégorie des secrets.
Les arbres tardent à se vêtir et étirent
Leur nudité en touches impressionnistes et gaies.
Mais déjà s'amène l'été, ô gué, ô gué!
Le frivole dans la luxuriance chavire!
( Comment se fait-il que nous n'ayons pas le verbe spiraler en français, pleins choses peuvent spiraler et dire que le verbe anglais To spiral vient du latin spiralis par le français, mais il est vrai que nos vieux académiciens sont assoupis, ne les réveillons pas! ).