La magie de la musique
La musique en harmonie de sons
Comme dans la lumière les glaçons,
Chuchotant amoureuse à l'oreille
Dans les fleurs de l'été une abeille,
Sifflant serpent dressé sur nos têtes
Dégorgeant des bêtises l'arête,
Brume enveloppante d'un champ de neige
Feutrant de nos rêves le manège.
Ricochet d'un poème sur l'onde
En envol de magie à la ronde.
Complice au creux de la nuit secrète,
Pénétrant dans la chair qu'elle feuillette.
Ensorcelante en rythme soutenu
Qui engourdit la raison sans retenue.
Drogue dans la danse et dans le geste,
Alchimie qui rend agile et leste
Et qui cadence longtemps après
L'écho des pas dans le matin frais.
La musique en harmonie des notes
De la partition qu'elle se tricote.
La musique, en un rêve de fabulation,
La musique, en spirale de modulations,
Ajuste sa tonalité à notre humeur
Et puis son rythme vient cadencer notre cur.
C'est une symphonie et sa finale en démence.
C'est une fugue, un concerto, un chur, une romance.
Parfois sublime, quand elle jazz amante la nuit,
Enlaçant charmeuse la moiteur presque sans bruit.
Provocante et mystérieuse venue des brumes,
Son doigt au creux des reins presse l'il de la lune
Quand dans son blues qui blues la fin du jour
Sa langue bue a déjà saveur des amours.
C'est acide, rock, punk, heavy, métal ou new wave
Quand elle devient industrielle, jouisseuse et rave
Pour soutenir l'inconscient jusqu'au lendemain matin.
Ivresse de décibels secouant ses pantins.
Elle se fait tendre et enjôleuse mélodie.
Elle se fait poésie pour supporter le dit
Du chansonnier poète et pêcheur qui accroche
Son hameçon tout droit dans notre cur qu'il embroche.
C'est la mémoire d'un hier à repasser
Où l'on n'est qu'un funambule de son passé.
C'est un disque qui tourne et tourne noir et calme
Dans la douceur inquiète du soir et de l'âme.
Les accords suspendus dans le vent de l'été
Quand on entend craquer les tiges des champs.
Mélodie amoureuse
D'amours jadis heureuses.
Le vagissement d'un cri
Couvrant entier la vie
En extase d'orgasmes
Qui orchestrent ces spasmes.
Augure d'halètement
Au solo d'enfantement.
Clapotement des fluides
Épanchement des liquides.
Le bassin larghetto
S'offrant rallentando
Quand l'archet râcle et crisse
Sur le velours des cuisses
En un si blanc silence
D'une coulée de semence
Venant agrémenter
L'ovulante portée.
C'est 1812 et les échos de la guerre.
C'est l'accordéon à la kermesse de la bière.
C'est le solennel du mariage d'une princesse.
C'est Nuit et Brouillard d'une si infinie tristesse
Qui remue en nous les entrailles de ces morts
Dans cette agonie démente de leur cauchemar.
Car si c'est la beauté de ce monde qu'elle sublime
Quand elle se fait chaleureuse, aimante et intime,
C'est aussi cette chanson qui glace notre sang
De ses récits sans nom et sans aucun bon sens.
C'est la musique qui nous enveloppe
Dans son langage, qui nous emporte
Dans le sensible et l'harmonie,
Dans le fantasme et l'utopie,
Dans la douceur, la frénésie.
C'est la musique qui nous soulève
Pour boire de nos chairs la sève.
La musique qui accompagne notre humanité
Dans son errance et sa multiplicité,
Qui souvent pour le meilleur, parfois pour le pire,
Accompagne nos folies, insouciances et délires,
Qui n'est que ce que nous sommes. Faut-il en rire,
Puisque portés sur ses ailes nous devenons
Un court instant de magie et dieux et démons?
La magie de la musique qui vient pincer
Nos ailes perdues pour un peu les défroisser.
Que d'émotions livrées et reconnues par tous les mélomanes.
'La magie de la musique qui vient pincer
Nos ailes pour un peu les défroisser.' Sublime !