Hommage à Jacques Brel.
Ce soir il neige à plein ciel dans mon loin pays
Et j'entends encore de toi ce chant qui dit :
¨Il neige il neige sur Liège
Et tant tourne la neige entre le ciel et Liège
Qu'on ne sait plus s'il neige s'il neige sur Liège
Ou si c'est Liège qui neige vers le ciel …
Ce soir ce soir il neige sur mes rêves et sur Liège
Que le fleuve transperce sans bruit ¨
C'était hier encore, c'était un 33 tours,
Un grand vinyle noir et lisse tout autour
Et la hâte de le doucement déballer,
Descendre l'aiguille sur le disque placé.
Et puis laisser ta voix rauque nous emporter
Dans ta poésie de la vie toute étalée.
Remonter avec toi Jacques au pays d'hier,
Ce pays de l'enfance, de terre et de mer.
Parc'que l'enfance, ton enfance et notre enfance,
C'est le droit de rêver et de rêver immense.
Et le soir tout doucement dans ton ciel à toi
La lune qui dansait, dansait juste pour toi.
Toi qui aimait autant les fées que les princesses
Et toi qui aimait et le feu et la tendresse
Toi qui aimait courir l'été dans les orages
La pluie et la brume où tombait l'enfant sage.
Ton père disait
¨C'est l'vent du nord
Qui fait craquer les digues…
Tellement fort
Qu'on ne sait plus qui navigue
La mer du nord
Ou bien les digues¨
Je sens encore en moi souffler le vent du Nord,
Sur ce plat pays devenu un peu le mien :
¨ Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues…
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l'est écoutez-le tenir…
Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne…
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir…
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer…
Quand le vent est au rire quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien¨.
T'écouter chanter cet instant où le cœur bat,
Avec toi s'émerveiller des premiers ébats :
¨Les blés sont pour la faucille
Les soleils pour l'horizon
Les garçons sont pour les filles
Et les filles pour les garçons ¨
Et ces purs moments où le temps s'est arrêté
Pour nous laisser en respirer toute la beauté :
¨Et si parfois ton jupon vole
Pardonne-moi de regarder
Les trésors que vient dévoiler
Pour mon plaisir le vent frivole¨.
Et quand le désir devenant plus fort que tout,
La passion saisit et emporte jusqu'au bout :
¨Ils s'aiment s'aiment à la folie
S'effeuillant à l'ombre des feux
Se découvrant comme deux fruits¨.
Toujours sublimant cet amour dans la beauté
De ces adolescents que nous avons étés :
¨J'en appelle aux amours
Que chantent les rivières
À l'éclatement bleu
Des matins de printemps
A la force jolie des filles
Qui ont vingt ans¨.
¨Pour que tu aies vingt ans
Et pour que j'aie vingt ans
Une valse à mille temps¨
Et là, je vois tes bras si longs se balançant,
Grand corps maladroit de métronome battant :
¨Au troisième temps de la valse
Il y a toi y a l'amour et y a moi¨
Et puis chanter ce fruit de l'amour qu'est l'enfant,
Que nous étions et que nous berçons en chantant :
¨Heureux qui chante pour l'enfant
Et qui sans jamais rien lui dire
Le guide au chemin triomphant
Heureux qui chante pour l'enfant¨
Toi, qui était enfant et qui était un rêve,
En t'écoutant nous devenons aussi ce rêve :
¨Un enfant
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant
Un enfant¨
Toujours dans ton chant la quête de la tendresse :
¨Pour un peu de tendresse
Je t'offrirais le temps
Qu'il reste de jeunesse
A l'été finissant¨
Et toujours, toujours aussi du rêve l'ivresse :
¨Rêver un impossible rêve…
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile
Et nous ces adolescents qui n'étions que vie,
Nous te laissions nous mener au seuil de non-vie :
¨De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Nos amitiés sont en partance…
Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment…
Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé
Encore une fois remplir d'étoiles
Un corps qui tremble et tomber mort
Brûlé d'amour le cœur en cendres¨.
Tu nous initiais à ce temps inéluctable,
Même si nous n'en saisissions pas l'épouvantable :
¨La mort m'attend comme une princesse
A l'enterrement de ma jeunesse
Pour mieux pleurer le temps qui passe
La mort attend sous l'oreiller
Que j'oublie de me réveiller
Pour mieux glacer le temps qui passe
La mort m'attend aux dernières feuilles
De l'arbre qui fera mon cercueil
Pour mieux clouer le temps qui passe¨
Qu'importe ces mystères qui nous rattrapent un jour,
Nous avions tant besoin de ton hymne à l'amour :
¨Quand on n'a que l'amour
A s'offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu'est notre grand amour¨…
¨Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains,
Amis le monde entier¨
Ce soir il neige à plein ciel dans mon loin pays
Et j'entends encore de toi ce chant qui dit :
¨Voici qu'une île est en partance
Et qui sommeillait en nos yeux
Depuis les portes de l'enfance¨.
Repose en paix au pays des îles en dérive,
La poésie de ton chant demeure en nous vive.
bravo et merci
Comme il est étrange de lire des extraits et de contempler combien ce monument de la chanson française était bien plus que cela. Merci à toi Hyneige pour avoir rendu hommage à celui qui représente le plat pays où les quêtes se moquent des marées.
J'ai vu ces scènes en noir et blanc et neige. Et j'adore la façon que tu as de le raconter. Malheureusement, je n 'ai pas vécu ces moments en direct. Je n'ai jamais visionné que des vidéos.
Quand à Delvaux, ce génie de folie, ce clairvoyant.
Quel bel hommage à la Belgique que toute ta réponse.
Trois vision du monde différentes mais qui se rejoignent malgré tout. Comme tu le soulignes, le monde est un grand décor de théâtre. Mille mercis mon ami d'outre - océan pour cet amour et cette sagesse qu'este la tienne et où je puise ce qui me fait défaut aujourd'hui.
Merci!